Carnet — Namur
Je savais que notre métier nous expose à la mort, et j’ai toujours accepté cette vérité parce qu’elle permet d’avancer sans se retourner.
Mais aujourd’hui, en tenant Jean-Louis, j’ai compris que l’habitude n’efface rien : elle ne fait que différer la douleur jusqu’au moment où elle devient impossible à contenir.
Il m’a confié un vivant au moment de mourir, comme si la guerre devait, pour une fois, rendre quelque chose.
Je n’ai pas hésité à promettre, et je mesure maintenant le poids de cette parole, car former un homme coûte plus qu’en perdre un.
Je continuerai de commander, de prévoir, de tenir, parce que c’est ce que je sais faire.
Mais à partir de ce jour, chaque décision portera aussi le visage de celui qui m’a demandé de ne pas laisser un gamin devenir une machine.
Il y a des morts qui n’entrent dans aucun rapport.
Celle-ci m’accompagnera.
